Emile Ousso parle des relations entre Brazzaville et Kinshasa

Depuis leur accession à l’indépendance, les relations entre les deux Congo ont toujours évolué. L’on pourrait croire que leur proximité et leur histoire commune auraient créé des rapports plus que positifs entre eux. Mais ce n’est que depuis peu que Brazzaville et Kinshasa ont montré de véritables signes de rapprochement. Emile Ouosso Ministre en parle.

Retour à l’histoire, retour au partage

Brazzaville et Kinshasa sont les capitales les plus proches au monde. Elles ne sont effectivement séparées que par le fleuve Congo avec ses 2 410 km de longueur et ses 4 km de largeur. Cette frontière naturelle fut décidée à l’ère coloniale par la France et la Belgique. Elle a ainsi permis aux deux puissances coloniales d’instaurer leurs règles de chaque côté. Ce partage de la région est la cause originelle de la prise de distance des deux pays malgré leur histoire commune.

Relations économiques et sociales peu probantes selon Emile Ouosso Ministre

Pays frères aux capitales sœurs, les deux Congo ont cependant des relations plus ou moins tumultueuses. Côté économique, les freins au développement des échanges sont toujours présents. Cette situation est effective malgré l’entente sur le libre-échange et la libre circulation conclue entre deux capitales.

Emile Ouosso indique “On se rappelle aussi cette décision prise par Brazzaville de contrôler les entrées et les sorties à sa frontière”. Des pièces d’identité étaient donc exigées à toutes les personnes traversant le fleuve Congo. La République du Congo avait alors justifié cette décision par son objectif de lutter contre la criminalité. L’opération alors dénommée ” Mbata Ya Bakolo” ou “gifle des aînés”, était orientée vers les bandes criminelles qui selon les autorités provenaient de Kinshasa. Malheureusement, le résultat de cette opération fut l’expulsion d’une centaine de milliers de ressortissants de la République démocratique du Congo hors de Brazzaville.

Ces expulsions, faites de manière violente, furent dénoncées par diverses organisations internationales, mais rien n’y fit.

Vers des relations diplomatiques plus chaleureuses selon Emile Ouosso Ministre

Les relations diplomatiques entre Brazzaville et Kinshasa n’ont pas toujours été au beau fixe. Le fait que des deux côtés du fleuve, on retrouve les mêmes caractéristiques sociales et culturelles, n’a pas empêché les tensions politiques.

Durant la guerre froide, elles ont fait surface notamment à cause de l’influence occidentale exercée sur la République démocratique du Congo (ex-Zaïre), et de l’aide militaire communiste que recevait le Congo Brazzaville. Les conflits intérieurs des deux pays ont également influencé l’état des relations. En effet les rebellions et les guerres (avec les successions de gouvernement) ont relativement dégradées ces dernières.

“Ces relations se sont améliorées avec le temps” insiste Emile Ouosso Ministre. À partir de 1970, les deux pays ont décidé de coopérer en s’accordant sur le manifeste du 16 juin. Le but était d’exécuter des projets communs afin de favoriser et de consolider les liens entre les deux pays.

Depuis peu, le courant semble mieux passé entre les deux capitales. Les multiples visites du président de la République démocratique du Congo, Félix Antoine Tshisekedi, à son homologue de Brazzaville Denis Sassou N’guesso le montrent bien. Ces visites récentes démontrent la volonté des deux pays de se rapprocher et d’entreprendre certaines actions communes. Le pont reliant Brazzaville et Kinshasa est un exemple d’actions à citer dans ce sens.

Projet de longue date, ce pont est aujourd’hui en phase de réalisation. L’idée de ce projet visant à réunir les deux métropoles a été émise en 1991. Cependant, le projet n’a pu être réalisé à cause du financement absent. Il fut repris quelques années plus tard, mais toujours repoussé à cause des craintes de part et d’autre du fleuve. D’un côté il y a la réticence de Kinshasa qui a peur de voir baisser l’activité économique de ses ports au profit de celui de Brazzaville. D’un autre côté, Brazzaville craint les mouvements migratoires intenses venant de Kinshasa.

Des solutions ont toutefois été trouvées, et les travaux de construction de ce pont peuvent alors commencer. Ce pont sera sûrement le symbole du rapprochement total entre Brazzaville et Kinshasa.